La légende du chat qui fume. feuillet 5.
Le temps passa. Nul ne revit jamais l'homme, mais le chat noir continuait d'arpenter la contrée, tenant toujours entre ses dents le petit cylindre blanc. Les récoltes étaient abondantes, la misère cédait du terrain, la vie de la population devenait supportable. Les enfants, mieux nourris et plus résistants, fournissaient une génération de jeunes gens robustes et vaillants, ayant foi en l'avenir et coeur à l'ouvrage.
Le riche seigneur s'était depuis bien longtemps retranché derriere les murs de sa forteresse quand son fils fut repris par les fièvres. Aucune médecine, saignée, purge, ne put circonscrire son mal. Aucun homme providentiel ne put venir à son secours. Le jeune homme, demeuré de constitution fragile, fut emporté en quelques semaines.
Fou de douleur, pérsuadé d'avoir été la victime d'un sortilège, le riche seigneur fit pourchasser indistinctement guérisseurs, prédicateurs, sorciers, femmes adulltères, chats noirs, simples d'esprit, hérétiques, juifs...On vit s'allumer des bûchers dans toute la contrée. Rien ne pouvait apaiser sa soif de vengeance. Il déclara aussi la guerre à quelques seigneurs voisins, le pays fut mis à feu et à sang, les récoltes ruinées, les réserves pillées, les villages saccagés.
La terreur et la misère s'abattirent sur une population de nouveau affamée. Souillée par des cadavres laissés sans sépulture, l'eau des puits entraina une terrible épidémie, propagées par des colonies de rats dont le nombre ne cessait de croître.
Ecoeuré par ce gâchis, le chat noir se désinteressa alors du sort des hommes. Il enflamma le petit cylindre blanc qu'il tenait toujours entre ses dents, aspira profondement, et se volatilisa dans un tourbillon de feu.
epilogue.
Quelques siecles pus tard, posté sur un épais nuage, le chat jette un oeil discret vèrs la terre où les hommes continuent de s'entretuer. Une poignée d'états surdéveloppés, menés par des dirigeants confortablement installés à l'abri de leurs paradis fiscaux, s'y dispute la majorité des ressources du pays. Le reste du monde, survivant dans la crainte de la famine et des guerres, mène une existence de misère et d'incertitudes.
" Ces créatures sont décidement bien étranges " se dit-il, en aspirant voloptueusement une bouffée de son petit cylindre blanc. "N'ayant su tirer aucune leçon de mon passage sur terre, les hommes n'en ont retenu qu'une chose: la cigarette! "
Les seigneurs de ce temps, qui se sont enrichis en exploitant le concept, font à présent voter des lois pour interdire au peuple d'en user à sa guise. D'une ingéniosité sans limite, ils ont su tirer le meilleur parti des ressources naturelles de la planète, mais toujours au profit des plus forts. Et c'est en exprimant sa détresse qu'un peuple bafoué a produit le plus beau son qu'il m'ait été donné d'entendre, le blues.
et pour illustrer mes propos, je vous propose d'écouter quelques morceaux de BUES...